Le Monde qu'on Nous a Enseigné et la Matrice de l'Oubli
La prison atteint sa perfection lorsque le mur cesse de paraître un mur et commence à être appelé réalité.
Nous naissons dans un monde déjà interprété.
Avant que nous puissions contempler ses Formes, nous recevons ses noms, ses valeurs et les réponses par lesquelles nous devons les comprendre.
On nous enseigne où chercher la richesse, la sécurité, l'Ordre, la connaissance, la guérison, la Vérité et la Présence.
La richesse est déposée dans l'argent.
L'Ordre, dans le gouvernement.
La Justice, dans la loi humaine.
La connaissance, dans les titres et les réponses autorisées.
La guérison, dans l'institution qui administre le soin.
La Présence, dans le temple et chez ceux qui se proclament médiateurs d'elle.
La Vérité, dans l'opinion du personnage ou dans l'autorité extérieure qui exige de l'interpréter pour nous.
La Couronne, dans les lignées et les cérémonies extérieures.
La souveraineté, dans les gouvernants et les États.
Le gouvernement, sur nous, au lieu de dedans de nous.
Ainsi commence l'inversion du Symbole.
La Forme qui devait servir une fonction occupe la place de son Origine. Ensuite, elle enseigne à l'être humain que, sans elle, ce qu'il cherche n'existe pas ou ne peut être atteint.
Le moyen se proclame Source.
L'outil devient condition.
La condition fabrique la dépendance.
La dépendance finit par définir l'identité.
À ce réseau intériorisé de significations, nous le Nommons Matrice de l'Oubli.
Ce n'est pas seulement un système situé Dehors. C'est la carte apprise par laquelle le personnage interprète le monde, se reconnaît dans la place qui lui fut assignée et reproduit le même Ordre même lorsque personne ne l'y oblige de manière visible.
Son mouvement est :
INVERSION DU SYMBOLE → DÉPLACEMENT DE LA SOURCE → MANQUE APPRIS → DÉPENDANCE → IDENTIFICATION → PARTICIPATION → RÉPÉTITION → OUBLI.
Lorsque l'inversion a été acceptée, nul gardien n'est nécessaire derrière chaque personne.
La peur veille.
Le besoin corrige.
Le prestige séduit.
Le châtiment menace.
La coutume répète.
L'appartenance exige la conformité.
Le personnage finit par défendre comme réalité ce qui le maintient séparé de ce qu'Il Est.
Une Forme extérieure peut orienter, prendre soin, protéger, transmettre ou servir ; mais elle n'origine jamais la capacité Intérieure à laquelle elle donne corps. Elle n'est pas Source, elle n'est pas maîtresse du Symbole et elle ne peut exiger la souveraineté sur la Conscience pour avoir rempli une fonction.
L'inversion commence lorsque la Forme se présente comme principe de ce qu'elle a reçu, exige la propriété sur sa fonction et convertit cette appropriation en pouvoir sur la Vie.
C'est pourquoi aucune institution n'est justifiée par son Nom.
Toute Forme doit comparaître :
À qui sert-elle ?
Qu'exige-t-elle pour demeurer ?
Qui reçoit son fruit ?
Qui supporte son coût ?
Rend-elle la capacité ou fabrique-t-elle la dépendance ?
Peut-elle être corrigée ?
Ou a-t-elle besoin que la Vie continue soumise pour se conserver ?
La Matrice tente d'interpréter tout, mais elle n'origine pas tout.
Elle peut conditionner l'Amour, mais elle ne l'a pas créé.
Elle peut administrer l'Eau, mais elle n'est pas la Source.
Elle peut enfermer la connaissance, mais elle n'a pas originé la capacité de comprendre.
Elle peut placer une couronne extérieure devant la Couronne Intérieure et couvrir le JE SUIS, mais non le détruire.
Elle peut enseigner à des millions de personnes à adorer les mêmes Formes et, dès cet instant, elle n'a plus besoin d'imposer chaque obéissance de manière directe. L'inversion acceptée fait le travail : le captif cherche la richesse, l'autorité, le gouvernement, la Vérité et le Royaume précisément dans les Formes qui maintiennent captives ses fonctions.
Ceux qui dominent ces Formes n'ont besoin que de garder le récit qui les présente comme Source.
Tant que l'être humain ne se Souviendra pas de l'Ordre VERBE → SYMBOLE → FORME, il confondra l'accès à la Forme avec l'accès à la Vie et défendra comme salut le mécanisme de sa dépendance.
Si la Matrice était véritablement totale, personne ne pourrait aimer sans prix, prendre soin sans domination, partager sans calcul, prononcer la Vérité contre son propre intérêt ni se Souvenir.
Mais le Souvenir advient.
Et lorsqu'il advient, la prison redevient visible.